Offrir des médailles, cela ne mange pas de pain. Pour le reste, l’administration du MAASA invente la « normalité extraordinaire » pour ne pas rémunérer les agents intervenant sur des crises sanitaires (et « enterrer » l’Indemnité de Gestion de Crise ?).

Périodes de crises sanitaires ou climatiques, inspections quotidiennes en abattoir, contrôles sur le terrain, suivi des dossiers d’aides… Les agents du ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire (MAASA) répondent toujours présent. Pourtant, entre félicitations symboliques, fermetures de robinets budgétaires et agents en souffrance, la reconnaissance financière du travail accompli reste cruellement absente. Pour la CFDT-Agriculture, la coupe est pleine : l’engagement des personnels ne peut plus servir de variable d’ajustement !
Des crises à répétition devenues la « nouvelle normalité »
Sécheresse, canicules avec mortalités massives de volailles et de porcs et équarrissages dépassés, foyers d’épizooties (dermatose nodulaire contagieuse – DNC, influenza aviaire – IAHP, fièvres catarrhales, etc…), crises sanitaires à répétition dans le domaine végétal, tensions économiques, schéma d’emploi en berne avec restructurations à venir en prime… Depuis plusieurs années, l’urgence est devenue le mode de fonctionnement ordinaire du ministère et de ses opérateurs (ANSES, ASP, FranceAgriMer, …).
Lorsque les ministres se succèdent dans les médias pour saluer la réactivité de l’État ou annoncer de nouveaux guichets d’aides, ce sont les agents des services déconcentrés (DDI, DRAAF), de l’administration centrale et des établissements publics qui transforment ces annonces en réalité :
- Évaluer les dégâts sur le terrain et gérer les urgences sanitaires ;
- Répondre aux dépressions et aux tensions parfois vives du monde agricole ;
- Instruire des milliers de dossiers complexes, sécuriser juridiquement les procédures et verser les indemnisations avec des logiciels trop souvent déficients ;
- Effectuer des heures supplémentaires massives, le cas échéant en dehors de leur ressort, souvent au détriment de leur vie personnelle qui seront écrêtées faute de dispositif de récupération clair et harmonisé.
Médailles et discours ne remplissent pas une fiche de paye !
En juillet dernier, la ministre de l’agriculture remettait 108 médailles du Mérite agricole pour saluer la réussite de la lutte contre la DNC. Le sourire éclatant de la ministre lors de cette cérémonie faisait plaisir à voir. Quel beau moment. Mais si les remerciements font toujours plaisir, la CFDT-Agriculture rappelle fermement (encore une fois !) que la reconnaissance du travail ne saurait se limiter à de l’affichage symbolique.
Ce que les agents attendent sur leur bulletin de salaire et dans leur quotidien professionnel, c’est du concret :
- L’Indemnité de Gestion de Crise (IGC) en sursis : alors que l’IGC a été conçue pour rémunérer le surcroît de travail lors d’événements exceptionnels, l’administration cherche aujourd’hui à en restreindre drastiquement l’accès. Sous prétexte de rigueur budgétaire, la secrétaire générale tente de banaliser les crises sanitaires en indiquant que leur gestion fait partie du travail normal des agents et en renvoyant une compensation éventuelle vers un CIA aléatoire et plafonné (voir notre article ICI).
Dans le même temps, la DGAL publie deux notes de service pour constituer dès octobre un contingent d’agents mobilisables sous 72 heures sur l’ensemble du territoire national dès qu’une crise surviendra dans le domaine animal ou végétal. Des agents qui travaillent habituellement « sur d’autres missions », l’intégration d’agents extérieurs (« élèves des écoles vétérinaires », « agents d’autres services de l’État »), « un engagement de 15 jours demandé afin de valoriser le temps d’adaptation à la prise de poste », des structures « réorganisées » pour faire face à la crise, une demande faite aux agents « d’être disponibles le week-end ». Cerise sur le gâteau, une fois engagés, les agents ne pourront être déliés de leur engagement que par le directeur de leur structure d’affectation, même s’ils ont une contrainte personnelle majeure.
Bien que basé sur le volontariat, ce dispositif montre clairement qu’il n’y a rien de normal dans la gestion d’une crise sanitaire, même pour le MAASA.
Pour la CFDT, toute mobilisation exceptionnelle doit donner droit automatiquement à l’IGC ! C’est l’esprit même du texte porté en 2023 devant le guichet unique et publié en janvier 2024.
- Le dogme du non-paiement des heures supplémentaires : en 2026, au MAASA, la règle imposée reste trop souvent la simple compensation en temps, sans possibilité de paiement. Résultat ? Des centaines d’heures accumulées lors des crises ou des astreintes/interventions qui finissent « écrêtées » et perdues pour les agents. Travailler gratuitement pour l’État n’est pas acceptable : la CFDT-Agriculture exige le paiement de l’intégralité des heures supplémentaires effectuées, ainsi que les astreintes et les interventions !
- La pénibilité oubliée et le refus de la catégorie active : qu’il s’agisse des inspecteurs en abattoirs ou des agents des Postes de Contrôle Frontaliers (PCF), la pénibilité physique, les risques chimiques et le rythme décalé sont une réalité mesurable (arrêts maladie plus fréquents, troubles musculosquelettiques, troubles du sommeil, etc…). Pourtant, l’administration nous a indiqué que le « guichet unique » oppose une fin de non-recevoir budgétaire à la reconnaissance de la catégorie active pour ces métiers usants sur la base d’une « position de principe ».
Inquiétudes sur les régimes indemnitaires et le pouvoir d’achat
Alors que les récentes orientations interministérielles (le rapport IGF-IGA sur les primes, cf. notre article ICI) suggèrent un encadrement renforcé du RIFSEEP et une recherche de convergence, la CFDT-Agriculture prévient : l’harmonisation ne doit pas se faire par le bas !
Les spécificités des métiers du ministère (gestion et prévention du risque sanitaire, astreintes, contrôles exposés sur le terrain, travail en abattoir) doivent conserver des vecteurs indemnitaires ciblés et attractifs. L’équité ne consiste pas à figer les rémunérations de ceux qui affrontent des contraintes d’exercice particulières.
De plus, dans un contexte d’inflation continue, les mesures générales manquent à l’appel : gel de la valeur du point d’indice, non-reconduite de la GIPA, et tassement des grilles indiciaires étouffent le pouvoir d’achat de l’ensemble des agents, titulaires comme contractuels.
Le Secrétariat général nous vante la nécessité de travailler sur l’attractivité du MAASA. La réponse de la CFDT-Agriculture tient en un mot : Chiche ! N’en déplaise à l’administration, l’attractivité quand elle concerne des métiers à forte valeur ajoutée technique ne peut s’exonérer d’un levier financier, sauf à prendre les agents pour des imbéciles en leur octroyant avec magnanimité une belle médaille, qui n’est d’ailleurs même pas en chocolat.

Ce que revendique la CFDT-Agriculture :
- Le maintien et le déclenchement automatique de l’IGC dès qu’une cellule de crise ou un dispositif d’urgence est activé, nécessitant que des agents mettent leurs tâches habituelles en suspens et s’occupent de la crise. Comme déjà souligné, cette IGC doit pouvoir être versée aux agents stagiaires ainsi qu’aux renforts sollicités dans les écoles vétérinaires ou les autres services de l’État.
- Le paiement effectif et sans écrêtage des heures supplémentaires réalisées lors des crises et des surcroîts de travail. A ce sujet, la CFDT-Agriculture est toujours dans l’attente d’une réponse concernant sa demande que le SRH saisisse la DGAFP afin que puissent être rémunérées les heures supplémentaires des agents de catégories B et C de ce ministère, ne serait-ce que sur un contingent d’heures plafonné. Il est vrai que sur ces sujets, l’administration fait preuve d’une pudeur excessive qui frise l’autisme.
- La revalorisation du montant des astreintes : celui des astreintes au ministère de l’intérieur (MI) a été revalorisé de 5 % à 7 % en décembre dernier ; en période de « disette budgétaire » donc, formule que l’administration reprend en chœur dans chaque groupe de travail ou instance du dialogue social (!) dès qu’une organisation syndicale l’interroge sur la stagnation des indemnités diverses et variées.
La revalorisation au MI monte jusqu’à +153 % depuis 2002. Depuis cette même date, le montant des astreintes au MAASA a augmenté de… 0 %. A croire que les « contraintes budgétaires » que le SRH nous assène régulièrement comme mantra du ministère de l’économie ne concerne que les demandes de revalorisation des indemnités concernant les agents du MAASA (voir notamment à ce sujet notre article sur le montant des remplacements en abattoir qui n’ont pas augmenté depuis leur instauration en 2016, ICI).
- La reconnaissance de la pénibilité et le classement en catégorie active pour les agents exerçant dans les abattoirs. Dans une de ses dernières notes techniques, la Cour des comptes recommande justement de réexaminer régulièrement les métiers et fonctions justifiant le bénéfice de la catégorie active. Une fin de non-recevoir basée uniquement sur des critères budgétaires est donc inacceptable.
- Des moyens d’action et des effectifs pérennes : si les crises deviennent structurelles, les renforts et les budgets doivent l’être aussi. Rogner sur les effectifs tout en demandant des efforts supplémentaires continuels relève d’un management à œillères, hélas assez répandu dans ce ministère depuis quelques années. D’autres ministères arrivent à trouver de « l’argent magique », la formation continue de nos « premiers de cordée » devrait inclure des cours de persuasion et non de prestidigitation.
- Une revalorisation générale des salaires : augmentation du point d’indice, refonte des grilles indiciaires et rattrapage du pouvoir d’achat pour l’ensemble des personnels de la fonction publique. On nous objectera évidemment la disette budgétaire ; rappelons néanmoins que l’« argent magique » a déjà été trouvé quand il le fallait, notamment pour ces chers administrateurs de l’État qui ont eu la bonne idée de faire leur révolution indiciaire et indemnitaire dès 2022/2023 ; encore une preuve qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Le « réarmement financier » ne doit pas concerner tout le temps les mêmes populations.
Pour la CFDT-Agriculture, une politique publique ne vaut que par les moyens et la considération attribués à celles et ceux qui la mettent en œuvre. Soutenir l’agriculture française et protéger nos citoyens sur l’ensemble du territoire national exige d’accorder enfin aux agents de ce ministère la reconnaissance financière et matérielle qu’ils méritent, sans chercher à écrêter tout ce qui est possible et imaginable, voire à revenir sur des acquis.




