Espace Adhérent

Le management estival à l’épreuve des canicules

Le 17 juillet 2026Publié par : Rédaction CFDT-Agriculture

Toujours pas de réponse du SRH à notre courrier du 12 mai dernier, ce qui est tout à fait normal au regard de la considération de l’administration au dialogue social dans notre ministère, déjà évoquée dans notre article (voir ICI).

Six flashs info #RH dédiés aux canicules et fortes chaleurs ont été publiés depuis deux mois. On y retrouve les mêmes poncifs que les années précédentes : il faut boire de l’eau, porter des vêtements légers, aérer aux heures les plus fraiches. A défaut d’originalité, on peut reconnaître que l’administration sait faire preuve de bon sens. Mais les conseils bienveillants ne font pas une politique de prévention ni d’accompagnement des agents.

Reste trois problèmes majeurs à régler pour l’administration si elle veut que ses agents puissent affronter sereinement ces épisodes calamiteux : l’anticipation des crises climatiques, la réactivité qui à ce stade est d’un calme olympien et la surdité de certains managers face à la situation réelle que doivent vivre les agents.

Comme les années précédentes, le service des ressources humaines (SRH) ne réagit pas en amont des annonces météorologiques. La temporalité des flashs info #RH montre que l’administration court systématiquement après le thermomètre, publiant ses consignes une fois la vague de chaleur installée.

A cela s’ajoutent, pour cet été 2026, les nombreux travaux sur le réseau des transports franciliens. Les temps de parcours sont considérablement allongés, et l’affluence dans les rames non climatisées augmente fortement. Ces interventions de maintenance entrainent des fermetures de stations, des réductions de fréquences et des interruptions de trafic majeures sur plusieurs lignes clés de la région.

Ces grands travaux et leurs conséquences pour les voyageurs sont annoncés depuis novembre 2025, et le plan officiel détaillé de ces travaux a été présenté le 15 avril dernier.

Des difficultés étaient-elles à prévoir pour les agents se rendant sur leur lieu de travail ? Bien sûr que oui. La mise en place d’un dispositif exceptionnel donnant la possibilité aux agents impactés par ces travaux de s’organiser au mieux pour se rendre sur un site du MAASA ? Bien sûr que non ! Il ne faut pas rêver non plus. Face au cumul de ces deux évènements (chaleur étouffante et transports chaotiques), le SRH joue la grande muette.

Il fut un temps où des décisions de bon sens étaient pourtant prises. Ainsi, en août 2023, suite aux travaux engagés sur l’axe nord du RER B, les sites parisiens du MAASA ont été fermés et les agents invités à prendre du télétravail exceptionnel. Aujourd’hui, le SRH ne prend plus aucune initiative et suit mollement les conseils et les invites de la DGAFP ou de la préfecture d’Ile-de-France pour décliner les directives à son niveau.

Dit autrement, sans invite de ces deux entités, les agents doivent se débrouiller par eux-mêmes sans compter sur une ligne directrice pour les aider à surmonter les épreuves des transports et de la météorologie. Il serait pourtant utile que les premiers de cordée du MAASA prennent leurs responsabilités et surtout qu’ils ne s’enferment pas dans leur tour d’ivoire (climatisée pour certains) dès qu’ils ont l’opportunité de prendre des décisions utiles et salutaires pour le bien être des agents.

Il y a beaucoup trop de disparités dans les conditions de travail des agents selon leur affectation géographique et leur direction. Cela est dû principalement au fait que les personnels encadrants ne prennent que rarement en compte la situation personnelle des personnels, s’abritant derrière une rigidité administrative totalement déconnectée de la réalité du changement climatique. Préserver la santé et la sécurité des agents est pourtant un impératif qui s’impose à l’administration.

La CFDT-Agriculture demande formellement qu’un groupe de travail concernant la protection des agents du MAASA pendant les épisodes climatiques exceptionnels soit mis en place. L’objectif de cette concertation doit être d’aboutir à la publication d’une note de service nationale qui garantira une prise en compte équitable de la situation des agents indépendamment de leur affectation (administration centrale, DRAAF, DDI notamment en abattoirs).

Le conseil laconique du SRH de « redoubler de prudence » ne sera ainsi pas un vœu pieux se heurtant à l’intransigeance de certains encadrants pour qui un agent en télétravail est forcément un tire-au-flanc.

Bien entendu, les flashs info #RH ouvrent théoriquement la possibilité à différents aménagements. Mais dans les faits, de nombreux encadrants restent profondément réfractaires aux possibilités offertes (aménagements d’horaires, facilitation et augmentation du télétravail). La sacro-sainte formule « sous réserve des nécessités de service » permet à de nombreux managers de balayer d’un revers de main les sollicitations des agents et imposer le présentéisme, même lorsque les missions de ceux-ci sont parfaitement réalisables à distance.

La CFDT-Agriculture a été récemment alertée par plusieurs collègues confrontés à des situations particulièrement préoccupantes : certains responsables de service continuent de refuser le recours au télétravail exceptionnel, y compris lorsque les agents produisent des certificats médicaux ou des recommandations expresses de leur médecin traitant. Ces pratiques arbitraires mettent directement en danger la santé des collègues les plus fragiles, les contraignant à s’épuiser dans des transports en commun surchauffés. On observera au passage la grande timidité des encadrants lorsqu’ils opposent un refus à l’agent, celui-ci étant  le plus souvent communiqué oralement et non par écrit. « Ne pas laisser de trace » évitera sans doute de se sentir concerné si un évènement fâcheux survenait….

Le décret du 11 février 2016 relatif au télétravail, consolidé par l’accord-cadre de 2022 dans la fonction publique, offre le levier juridique parfait pour recourir au télétravail en cas de circonstances exceptionnelles ou de menace sanitaire. Le refuser face à un risque caniculaire relève d’une faute de prévention de l’employeur.

Depuis juin 2025, le code général de la fonction publique (CGFP) indique que « Lorsqu’il est informé de ce qu’un travailleur est, pour des raisons tenant notamment à son âge ou à son état de santé, particulièrement vulnérable aux risques liés à l’exposition aux épisodes de chaleur intense, l’employeur adapte, en liaison avec le service de prévention et de santé au travail, les mesures de prévention prévues au présent chapitre en vue d’assurer la protection de sa santé. » (Article R.4463-5 du CGFP).

Dès lors qu’un agent est vulnérable aux épisodes de chaleur intense ou ressent certains symptômes (maux de tête, vertiges), la CFDT-Agriculture lui conseille d’en informer par mail son chef de bureau ou de service, sans évidemment fournir d’éléments médicaux qui sont en tout état de cause confidentiels. Ce mail sera ensuite suivi, en tant que de besoin, d’une demande d’aménagement d’horaires et/ou de télétravail, avec une attestation médicale de son médecin traitant, notamment dès qu’un épisode de forte chaleur est annoncé.

L’environnement de travail est fortement modifié par ces épisodes climatiques (surchauffe des bâtiments mal isolés, pénibilité décuplée pour les agents sur le terrain, risques accrus d’accident de service lié au stress thermique). Mieux vaut prévenir que guérir.

Le respect des règles de prévention ne peut plus dépendre de la sensibilité individuelle ou de l’humeur d’un manager. Face à l’arbitraire, la CFDT-Agriculture demande solennellement à l’administration :

  • La publication avant la fin de l’année d’une instruction nationale rappelant les conditions d’accès automatique à des conditions de travail adaptées lors des événements exceptionnels (transports, travaux, climat).
  • L’harmonisation des pratiques afin de mettre fin aux disparités injustifiables entre l’administration centrale (voir même entre services de la même structure !), les DRAAF et les DDI.
  • L’obligation pour les encadrants de motiver par écrit tout refus de télétravail sollicité sur la base d’une recommandation médicale.
  • Engager dès septembre un retour d’expérience transparent faisant le bilan des difficultés rencontrées sur la période de mai à août, retour d’expérience qui sera abordé à l’automne en CSAM.

La CFDT-Agriculture à vos côtés : Ne restez pas isolés !

Si vos missions sont télétravaillables, que les conditions climatiques présentent un risque évident pour votre santé, ou que vous disposez d’un avis médical préconisant un aménagement de poste ou d’horaires et que vous essuyez un refus : contactez vos représentants CFDT ! Nous accompagnons chaque agent pour faire respecter ses droits. La santé des agents publics n’est pas une variable d’ajustement, c’est une obligation légale de l’employeur.